Webinaire thème 1 : Notre argent est-il menacé par l’actualité géopolitique ?

“Il y a des décennies où rien ne se passe et puis, il y a des semaines où se passent des décennies ”. Il est rare que le monde financier cite Lénine, mais cette phrase décrit parfaitement ce que nous traversons aujourd’hui. COVID, inondations, guerre, inflation, crise énergétique et, par conséquent, beaucoup d’insécurité qui provoque la volatilité des marchés financiers. Que devons-nous savoir et comprendre en tant qu’épargnants et investisseurs ? 

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Lors de notre webinaire “Un monde troublé : notre prospérité est-elle en danger ?”, le journaliste Christophe Deborsu a interviewé Étienne de Callataÿ, économiste et professeur, ainsi que Bart Abeloos, économiste en chef et conseiller en investissement chez Crelan.  
Voici leurs observations sur le premier thème du webinaire : “Au secours, le monde change trop vite“.

Bart Abeloos, on entend beaucoup parler de la volatilité des marchés. Qu’en est-il ?

BART ABELOOS :
Habituellement, la volatilité s’explique par des mouvements arbitraires, par exemple lors de périodes de production plus calmes ou pendant les vacances. Aujourd’hui, il ne s’agit pas de cela. La situation actuelle est le reflet des incertitudes qui pèsent sur l’économie réelle. Nous observons des changements continuels et brusques. Par exemple, les prix du gaz qui se sont multipliés par 5 depuis début janvier 2022 et qui, depuis fin août, ont réduit de moitié. Personne ne sait ce qui va se passer exactement, d’où pas mal de nervosité sur les marchés.

ÉTIENNE DE CALLATAŸ :
La guerre change beaucoup de choses, mais il y a d’autres facteurs également. Les tensions sur les prix étaient préexistantes. D’ailleurs, face aux changements, il y aussi des “continuités” qui montrent que nous avons déjà réussi à faire face par le passé. Lors de la “crise des missiles” de Cuba, le conflit entre les États-Unis et la Russie (URSS à l’époque) a bien failli dégénérer en 3e guerre mondiale avec usage de l’arme atomique.

La pandémie a-t-elle changé durablement la donne ?

ÉTIENNE DE CALLATAŸ :
Humainement, malheureusement, les pertes sont irréparables. Sur le plan économique, nous payons encore la fin des effets de la crise. Mais il reste bien sûr des effets structurels, comme le télétravail. 

La Chine et Taïwan, on en parle beaucoup. Faut-il redouter un conflit ?

ÉTIENNE DE CALLATAŸ :
Un choc avec la Chine nous toucherait effectivement plus : sur le plan économique elle représente dix fois la Russie…
Toutefois les tensions avec Taïwan ne datent pas d’hier, mais bien de 1949. Taïwan sous-traite beaucoup d’activités sur le territoire chinois : il ne s’agit donc pas d‘un conflit économique. Nous pouvons plutôt parler, comme pour Poutine, de raisons politiques et égotiques. 

Et nos relations avec les États-Unis, elles vont rester au beau fixe ?

ÉTIENNE DE CALLATAŸ :
Oui, je le pense. Mais l’Europe devrait s’autonomiser, compter un peu plus sur elle-même. 
Même si nous avons un bon poids numérique et économique, la guerre en Ukraine a montré que nous sommes loin d’être à égalité avec les États-Unis sur le plan militaire. 

Nous connaissons une inflation galopante. À quoi cette situation est-elle due ?

BART ABELOOS :
Elle est due partiellement à la guerre. La Russie, mais aussi l’Ukraine, produisent des ressources dont nous avons besoin tous les jours : pétrole, gaz, métaux, produits agricoles… Cette rupture d’approvisionnement a créé des pénuries. Mais d’autres facteurs expliquent l’inflation. La pandémie a modifié fortement notre consommation. Nous avons acheté nettement plus de marchandises que de services. Toutes ces marchandises ont dû être acheminées, venant parfois de loin et avec des retards dus aux politiques de confinement. Cet équilibre-là est aujourd’hui  partiellement restauré. Reste néanmoins le problème du manque de personnel. Une manque qui s’explique en partie par une tendance qui va se maintenir : le vieillissement de la population.

L’inflation va-t-elle se poursuivre ou se calmer ?

BART ABELOOS :
La diminution de l’inflation sera un processus lent. Selon les prévisions de la Banque centrale européenne, après les 8% d’inflation en 2022, nous serons encore à 5,5% en 2023 et à 2,4% en 2024. Quant à savoir si l’augmentation des taux d’intérêts est une bonne recette, on ne peut que constater que c’est le seul outil dont la BCE dispose. 

ÉTIENNE DE CALLATAŸ :
C’est difficile de venir avec un seul scénario : on ne sait pas ce que Monsieur Poutine va faire. Si nous allons vers une escalade dans le conflit, l’espoir de décrue de l’inflation sera mis à mal. IL y a toutefois lieu de penser que l’inflation diminuera, déjà en 2023. 
Le facteur-clé, généralement, c’est l’évolution des salaires. On risque d’assister à la spirale prix/salaires : une augmentation des prix qui mène à une augmentation des salaires, donc à une augmentation des coûts et du prix de vente qui à son tour provoque une augmentation des revendications salariales. Nous n’observons toutefois pas ce phénomène aujourd’hui. Actuellement, les salaires augmentent un peu, mais sensiblement moins vite que les prix. On voit bien que le pouvoir d’achat est en diminution. C’est une configuration très différente de celle des années 70 où on parlait de stagflation. Aujourd’hui, le taux de chômage est bas, ce qui est rassurant pour les ménages quant à leurs revenus futurs. C’est ce qui me permet d’être positif pour la deuxième moitié de 2023.

BART ABELOOS :
Il y a une autre grande différence entre aujourd’hui et les années 70. Notre économie est devenue nettement moins énergivore et c’est une tendance qui va se poursuivre. Il est donc très peu probable que nous assistions à une accélération de l’inflation galopante.

Les prix de l’énergie font diminuer notre consommation d’énergie. Est-ce qu’on peut y voir du positif ?

ÉTIENNE DE CALLATAŸ :
C’est évidemment positif sur le plan de l’environnement. Sur le plan économique, on assiste à un mécanisme auto-correcteur : quand les prix augmentent, on consomme moins et autre chose. L’offre, par conséquent, va augmenter (par exemple en renouvelable ou éventuellement en nucléaire) et la demande va s’ajuster. L’inflation n’est pas condamnée à rester élevée, mais il est prudent de ne pas tabler sur un retour à 2%, mais plutôt à 3-4%.

Pour visionner notre webinaire et découvrir les trois thèmes qui y sont abordés :

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Pour la version francophone avec Bart Abeloos, Étienne de Callataÿ et Christophe Deborsu:
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Pour la version néerlandophone avec Bart Abeloos, Jonathan Holslag et Indra Dewitte:
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Votre agent Crelan vous attend et se fera un plaisir de vous aider.

Disclaimer : Les informations contenues dans cette publication constituent un commentaire général sur la situation financière actuelle et ne doivent pas être considérées comme un conseil ou une recommandation concrète en matière de produits financiers.